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Réflexion et partage de révélations sur la Passion du Christ 

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Jésus-Christ, dans son humanité, a suivi la Volonté de son Père et s’est offert au supplice de la croix. En dépit de la terreur qu’il ressentait devant l’incommensurable épreuve qui l’attendait, l’homme Jésus eut la Foi.

Vivre dans la Foi, du latin fides, qui signifie « confiance », c’est croire en ses capacités, en l’espoir que Dieu a fait germer en nous, à l’accomplissement du destin que nous offre la Providence.

Ce destin a une face lumineuse : celle du triomphe de la puissance de vie en nous, qui se manifeste prodigieusement à travers notre humanité, la perfection de notre corps physique, nos accomplissements et les événements heureux de notre vie. Il a également une face sombre : celle de notre faiblesse humaine, de nos défauts, de notre finitude et de ce que cela implique, les épreuves parfois mortelles et la maladie.

Pour vivre réellement dans la Foi, il y a un prérequis : tout offrir au Christ. C’est être prêts à renoncer aux richesses matérielles, aux privilèges, aux honneurs et aux biens de ce monde, à abandonner tout attachement, tout confort, tout ce qui peut nous rassurer, pour marcher vers le but ultime de notre âme : accéder au Royaume des Cieux, s’asseoir à la Table du Christ et exulter de joie en célébrant les noces de l’Agneau qui nous aurons libérés de la souffrance de ce monde.

Cela nécessite de vivre sa Passion, de porter sa croix, d’emprunter le sentier escarpé et ardu de la Queste, le cœur transpercé par une épée et le front ceint d’une couronne d’épines. L’épée, en tant qu’arme, donne la mort mais en tant que Verbe, donne la vie et délivre. Ce symbole, si puissant et mystique, recèle en son cœur le secret de la vie.

La couronne d’épines est le chemin douloureux que prend notre esprit pour atteindre sa stature d’enfant de Dieu et entrer en sainteté.

L’esprit ceint, l’esprit saint, telle est notre condition de pécheur promis à la royauté divine, dont le potentiel spirituel est inexprimable.

Cet esprit est lui-même porteur d’une ceinture, similaire à celle de notre vêture. C’est par lui qu’on entre dans le Royaume :

 

                                                          « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux ! »

                                                                                             

                                                                                                                                                  (Matthieu 5:3)

Cette pauvreté en esprit, quelle que soient sa forme et les souffrances endurées, nous fera accéder tôt ou tard à notre propre royauté, la fusion de tout notre être, corps, âme et esprit avec Dieu, tout comme, l’ont vécu Jésus et Marie. Par analogie, cueillir une rose implique de composer avec les épines de son arbuste au risque de se piquer.

Si le Père permet que nous soyons éprouvés dans notre foi, c’est parce que sa confiance, sa foi en nous est si grande qu’il nous sollicite un peu plus afin de nous offrir davantage et nous dévoiler un autre pan de son mystère. Il est à l’origine de ce que nous sommes, comme l’esprit de vie qui préside à la formation, la germination et la croissance d’une graine.

Le Père, seul, est ineffable, absolu, englobe tout et son contraire dans des polarités totalement opposées. Le rencontrer, ce serait se soumettre à une expérience intense et paradoxale, par exemple être brûlant et transi de froid en même temps, être soumis à une pression de plusieurs centaines de millions de bars tout en vivant une exaltation spirituelle inouïe, rencontrer quelque chose d’absolument impossible à supporter dans notre enveloppe terrestre.

Le point culminant, tant en intensité qu’en visibilité de sa manifestation sur Terre a été sans conteste la Passion de Jésus-Christ.

Car c’est par le Christ et Notre Dame, par Jésus et Marie sur Terre, que Dieu le Père prend forme et se manifeste. Ils permettent la manifestation et l’équilibre des contraires dans l’harmonie du Tout.

C’est pourquoi Marie a dû accepter de mourir avec son Fils qu’elle a accompagné tout au long de sa Passion. Elle a enduré ses tourments, les a ressentis au plus profond d’elle-même, parce qu’elle est, sur tous les plans de son être, l’incarnation même de la compassion mais surtout- en vertu de l’union hypostatique1, le Saint-Esprit. Cette communauté d’identité qui la lie à son Fils peut nous donner une idée de ce que la Sainte Vierge a pu supporter au cours du calvaire enduré par le Christ.

Si Marie n’a pas eu la mâchoire fracturée et le corps lacéré de coups de fouets, sa souffrance alla bien au-delà du chagrin indicible d’une mère qui assiste impuissante au massacre et à l’agonie de son Fils. Elle ressentait exactement tout ce que Jésus supportait : les coups, la peur et la douleur dans son cœur et dans son corps. C’est à se demander comment elle a fait pour survivre à cette souffrance, d’une ampleur telle qu’elle pouvait arrêter un cœur dans sa course.

Par Jésus-Christ et Marie Notre Dame, l’acceptation de l’épreuve dans la foi nous rapprochent, tel que le racontent les actes des Apôtres, du Royaume de Dieu. Là encore, même au-delà du sacrifice du Messie, l’Ecriture se poursuit et continue de s’accomplir.

 

« Je veux bien souffrir sans le dire pour que Jésus soit consolé » (Thérèse de l’Enfant Jésus)

 

Dans le contexte de notre Ordre, cela permet de comprendre pourquoi les seigneurs qui rejoignaient le Temple devaient mettre à disposition de la communauté tous leurs biens.

Plus récemment, au sein de la Table Spirituelle, nous pouvons penser aux souffrances physiques intolérables de notre bien aimée Mère Josiane, qui, sur le plan de l’âme, a accepté cette épreuve en incarnation, au prix de sa vie, pour la plus grande gloire de Dieu. N’oublions pas non plus Père Antonio de la Corogne qui, malgré sa santé fragile et la faiblesse de ses jambes, continue, autant que son corps le permet, à célébrer l’office avec régularité. Et Sœur Karen, qui l’an dernier a supporté avec abnégation la maladie ainsi qu’un protocole de soins très lourd et a malgré cela tenu le choc et reçu sa vêture d’amazone blanche.

La souffrance morale n’est pas en reste non plus. Notre évêque Robert poursuit sa mission de responsable spirituel et célèbre l’office tous les dimanches malgré le chagrin et la perte de son diacre. Quant à moi, le Seigneur ne m’a pas permis d’assister au baptême de ma meilleure amie qui m’avait choisie pour marraine, le dimanche de Pâques, ni de me rendre à Gap pour célébrer le passage.

J’aurais pu être marraine et accompagner une des personnes les plus chères à mon cœur à l’entrée du chemin vers le Royaume de Dieu, dans sa naissance à la vie du Christ. J’aurais pu jouer mon rôle de Mère et venir apporter ma contribution à la célébration du Passage, ce qui était la priorité. Mais il n’en fut rien. Un simple repas de famille le dimanche et même pas de chapelet, tant mon cœur était dévasté. Comment le Seigneur a-t-il pu vouloir cela ? Était-ce seulement de la malchance ou le résultat des défaillances constantes de la Sncf ? Et bien non. Si Dieu le permet, c’est qu’il y a une intention cachée derrière. Autant positive que négative car tout est au point neutre dans la Création.

Il faut accepter de garder le cap, même si la douleur est insupportable, même si nous sommes éprouvés au point d’être en incapacité de poursuivre notre mission de chevalier ou d’amazone blanche.

Le combat est avant tout spirituel et une impossibilité temporaire ne vaut pas un abandon définitif, d’autant qu’elle nous est imposée par les circonstances de la vie elle-même. Pour tout Galaad en devenir, le renoncement est la seule voie. Même si la situation semble complètement paradoxale.

Cette voie est faite de pièges, potentiellement mortels, de difficultés parfois colossales. Elle implique, pour grandir en Christ, d’accepter l’inacceptable, comme l’ont fait Jésus, Marie et leurs disciples.

Cet infime espoir qu’a eu Judas d’infléchir le cours des événements, en dénonçant son Ami, son Maître, l’homme à qui il avait offert sa vie, ce tout petit manque de foi a fait la différence.

Tandis que Jésus a pris la coupe à pleines mains pour la boire jusqu’à la lie, Judas a choisi de provoquer le destin et s’est laissé induire en tentation car il ne pouvait pas admettre la discrétion et l’humilité de son Pasteur. A son sens, sauver les autres malgré eux était la seule issue. Malheureusement, tout comme Caïn, il a refusé l’évidence et a tué son frère.

 

Judas, corrompu à travers son corps et son intellect, rencontra les chefs des prêtres et des gardes pour organiser l’arrestation de Jésus. Cela tombait bien car ces derniers le craignaient et souhaitaient le faire exécuter pour éviter une révolte du peuple.

L’inacceptable, ce fut, en ce matin du vendredi 24 avril 33, la brutalité de l’arrestation d’un homme qui avait eu l’audace de défier l’ordre établi en osant exprimer toute la puissance de l’amour contenue dans son cœur : il soignait les cœurs blessés, guérissait des malades, ressuscitait des morts, enseignait avec courage la vérité du Royaume de Dieu et les splendeurs de la Jérusalem Céleste.

Jésus savait parfaitement ce qui l’attendait et était préparé à l’accomplissement de son destin. Il évoqua le sujet alors qu’une femme lui répandait du parfum sur la tête, à Béthanie, lors d’un repas, prémices de sa sépulture (Matthieu 26 :12).

La veille de son arrestation, à l’occasion de la fête des pains sans levain, Jésus fit préparer la Pâque pour la manger avec ses apôtres et leur lava les pieds. C’est au cours de cet ultime repas, la Cène, qu’il institua le sacrement de l’Eucharistie.

« J’ai fort désiré de manger cette Pâque avec vous, avant que je souffre. Car, je vous le déclare, je ne la mangerai plus jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le Royaume de Dieu. » (Luc, 22 :15-17)

« Pendant qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain ; et après avoir rendu grâces, il le rompit, le donna à ses disciples et dit : « Prenez, mangez : ceci est mon corps. » Ayant aussi pris la coupe et rendu grâces, il la leur donna en disant : « Buvez-en tous ! Car ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui est répandu pour beaucoup d’hommes, pour la rémission des péchés. Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu'au jour où j'en boirai du nouveau avec vous dans le royaume de mon Père. » (Matthieu 26 : 26-29)

Comme l’explique Jean dans son Évangile, Jésus savait que Judas allait le trahir. (Jean, 13 : 19,21, 26-27).

« Dès que le morceau fut donné, Satan entra dans Judas. Jésus lui dit : Ce que tu fais, fais-le promptement (…) Judas, ayant pris le morceau, se hâta de sortir. Il était nuit. » (Matthieu 26 : 26-29)

Il prépara donc son départ en révélant son essence aux apôtres présents et en leur faisant ses adieux (Jean, chap. 14,15 et 16)

C’est au jardin de Gethsémani que Jésus conduisit ses disciples afin d’y passer la nuit en prières en attendant de se faire arrêter. Une fois sur place, il se retira avec Pierre, Jean et Jacques le Majeur. C’est à ce moment précis que commencèrent les tourments de sa Passion.

« Il leur dit alors : Mon âme est triste jusqu'à la mort ; restez ici, et veillez avec moi. Puis, ayant fait quelques pas en avant, il se jeta le visage contre terre, et pria ainsi : Mon Père, s'il est possible, que cette coupe s'éloigne de moi ! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. » (Matthieu 26 : 38-39)

Une implosion terrible se fit ressentir dans sa poitrine et le priva de toutes ses forces. Une sensation oppressante et vertigineuse, qui le fit tomber à genoux face contre terre. L’odeur de la mort était déjà présente, il n’y avait plus de vie, plus d’espoir. Il n’y avait pas d’autre choix possible que d’accepter l’évidence. Jésus, tout homme qu’il était, ne pouvait pas reculer devant sa destinée. Il ne pouvait pas fuir le dessein de son Père, en dépit des la souffrance inouïe qui l’attendait.

Une fois relevé, il s’aperçut que ses disciples dormaient. Il les réveilla pour leur éviter d’être induits en tentation puis repartit prier. Cette fois, l’Esprit Saint en lui vivifia son courage et accru sa détermination

"Il s'éloigna une seconde fois, et pria ainsi : Mon Père, s'il n'est pas possible que cette coupe s'éloigne sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! » (Matthieu 26 : 42)

Il réveilla à nouveau ses disciples, réitéra ses prières et c’est à ce moment qu’apparut Judas, accompagné par des soldats envoyés par le Sanhédrin et les pharisiens.

« Jésus, sachant tout ce qui devait lui arriver, s'avança, et leur dit : Qui cherchez-vous ?  Ils lui répondirent : Jésus de Nazareth. Jésus leur dit : C'est moi. Et Judas, qui le livrait, était avec eux. Lorsque Jésus leur eut dit : C'est moi, ils reculèrent et tombèrent par terre. » (Jean 18 : 4-6)

La puissance du Christ était telle que, rien qu’à entendre son nom, ses ennemis en étaient terrassés. Ils s’emparèrent de lui et l’arrêtèrent

Traité d’une façon épouvantable, Jésus fut insulté, frappé avec brutalité, enchaîné et jeté au cachot. Les coups pleuvaient avec une telle violence qu’avant le chant du coq, à l’heure ou Pierre allait le renier pour la troisième fois (Marc 14, 54 ; 66-72), le Christ avait déjà le corps couvert d’ecchymoses et la tête ensanglantée. Les soldats du Sanhédrin, bien que leurs âmes fussent mandatées par le Père pour accomplir cette terrible besogne, se montrèrent particulièrement sauvages et cruels. Ainsi, la gifle donnée à Jésus lors de son interrogatoire chez Anne (Jean 18 : 22) n’était pas un simple soufflet, mais un coup extrêmement violent porté au visage avec tout l’avant-bras et le coude. (Jean 15, 22-23)

Une fois dans sa cellule, l’âme chargée de toutes les souffrances du monde, Jésus-Christ se mit en prières, en communion de cœur et d’esprit avec sa Mère. Toutes les prières de l’humanité, qui peinaient à monter jusqu’au Ciel, venaient à lui qui les offrait à son Père, en prélude à son sacrifice.

Son humanité était tout aussi présente : son corps, déjà couvert de blessures, le faisait bien souffrir. C’était même étonnant de constater qu’il était toujours en vie, au vu de sa blessure à l’arrière de sa tête. Il s’était ouvert le cuir chevelu en tombant de toute sa hauteur, sous l’effet des coups. Le choc avait été si violent qu’il aurait pu lui être fatal.

Moins de deux heures après son entrevue avec Anne, les soldats du Sanhédrin conduisirent Jésus chez Pilate, afin qu’il soit jugé et condamné à mort.

 

Ainsi Pilate, contrairement à ce qu’on pourrait penser, est tout aussi coupable et fautif que les membres du Sanhédrin. Sa passivité et son inaction criminelles le rendent coupable de l’assassinat du Jésus-Christ à proportion des conséquences qu’elles ont entraînées. Comprenons bien que, même si l’Ecriture et la Volonté du Père devaient s’accomplir, cela ne donne aucune excuse aux bourreaux du Messie qui ont fait preuve de barbarie. Une barbarie inscrite, malgré leur prédestination et toute la miséricorde divine, au greffe du tribunal du Ciel.

Il faut aussi se questionner sur le caractère délibérément lâche et odieux du traitement infligé à Jésus. Les juifs voulaient sa mort mais, ne pouvant pas le tuer, ont laissé à Pilate la tâche ingrate de s’en charger. Lui-même n’ayant aucune dignité ni autorité, il s’en lava les mains pour faire ce que le Sanhédrin avait décidé.

« Si je n’étais pas venu, et que je ne leur eusse point parlé, ils n’auraient point de péché : mais maintenant leur péché est sans excuse. Celui qui me hait, hait aussi mon Père »

Quatre soldats romains vinrent le chercher pour le traîner dehors où l’attendaient de nouveaux supplices. D’abord, le fouet. Cinquante-six coups de verges lui furent administrés.

D’autres soldats étaient en train de tresser une couronne d’épines. Cet instrument de torture, extrêmement douloureux, s’enfonça dans la peau de son front et sur le tour de sa tête. Elle lui occasionna en tout soixante-douze blessures.

Il fut conduit chez Hérode, présent à Jérusalem ce jour-là. Celui-ci se moqua de lui et le fit revêtir un manteau de pourpre, objet fortement symbolique puisque c’est au prix de son sang et de sa connaissance intime de Dieu que l’Humanité a retrouvé le chemin du Royaume des Cieux. Sa tunique lui fut ôtée. Elle était déjà dans un triste état mais ne fut pas déchirée. Enfin, un roseau lui fut placé dans la main. Ce sceptre de fortune fut également l’objet de sarcasmes et une arme dont les soldats se servaient pour frapper Jésus tout en lui crachant dessus. (Matthieu 27 : 30)

Une danse de démons se mit en place autour du Seigneur, comme si tous les diables de l’enfer étaient lâchés. Pilate essaya de le relâcher, en vain. De toute manière il l’avait fait fouetter pour rien donc on ne pouvait rien lui demander de plus.

Alors les soldats romains emmenèrent Jésus pour le crucifier.

 

Jésus fut chargé de la partie supérieure de sa croix, le patibulum, dont le poids avoisinait les cinquante kilos. Ses blessures, notamment celles de la flagellation, toutes fraîches, lui faisaient horriblement mal. Le frottement du bois contre son corps brûlait sa peau. Il tomba une première fois. Le stress et l’anxiété lui provoquaient des douleurs thoraciques qu’il ne pouvait pas contrôler, tout son corps était perclus de douleur. Sa respiration devenait courte et irrégulière, par moments il suffoquait presque. Mais il se fit battre et compris qu’il ne pouvait pas choisir de s’arrêter, au risque d’être roué de coups et de ne pas pouvoir arriver au sommet du Golgotha, là ou allait être plantée sa croix.

Marie, sa mère, suivait son fils tout au long du trajet. Quelques secondes suffirent pour sceller leur communion de corps, de cœur et d’esprit. Jésus offrit à sa Divine Mère, Notre Dame, sa vie, son amour incandescent et infini, sa foi et en tant qu’homme, son plus grand espoir : celui du rachat de toute l’humanité sur cette Terre.

Marie lui confia son trésor : son amour, d’une puissance infinie, pour lui et pour tous les hommes. Elle prit part à sa souffrance et leurs âmes fusionnèrent de façon irréversible. Marie allait subir elle aussi le supplice de la Croix en totale communion avec son Fils. Puis Jésus poursuivit sa route.

 

Sur le chemin, le triste cortège croisa Simon de Cyrène, qui fut contraint par les soldats romains d’aider Jésus à porter sa croix, qui pesait très lourd sur ses épaules. Cette aide fut providentielle pour Jésus, en lui épargnant des coups supplémentaires. Elle le fut surtout pour Simon de Cyrène qui en son nom propre et celui de toute l’humanité, put communier avec les souffrances de Jésus et ainsi apporter à cette alliance nouvelle la contribution de l’homme pécheur prêt à porter sa croix pour mourir à lui-même et ressusciter comme le Sauveur.

 

 

D’un point de vue ésotérique, cette mince contribution permit de sceller et de consacrer la communion du Ciel et de la Terre. Certes, Jésus-Christ, Dieu fait Homme, est bien ce trait d’union qui lie le divin au créé, le Père aux êtres humains. Mais encore fallait-il que, dans le respect de la loi d’amour et de leur libre arbitre, les hommes l’acceptent et prennent part à cette union. Ce fut chose faite, sur la polarité masculine, dans la dynamique du pouvoir par Simon de Cyrène. Il s’est chargé de cette croix sans se dérober, comme s’il s’agissait de la sienne. Certes, les soldats romains lui ont parlé avec une telle autorité qu’il lui était impossible de se soustraire à cette tâche ; pourtant, au-delà de l’invective violente et grossière, au regard du drame qui se jouait sous ses yeux, son âme avait déjà été fécondée par l’Esprit Saint et était prête à jouer son rôle. C’était comme un appel du destin, qui nous fait signe quand l’heure est venue de franchir un cap.

 

Un peu plus loin se trouvait la maison de Séraphia. Cette femme de condition modeste, qui avançait en âge, avait entendu dire que des brigands allaient être crucifiés et que parmi eux se trouvait ce prétendu mage associé à des miracles qui tenait tête au Sanhédrin. En entendant la rumeur de la foule qui approchait, elle sortit de chez elle et s’avança.

Alors que le cortège poursuivait sa route, elle reconnut malgré le sang et les ecchymoses le visage du condamné, ce jeune homme plein de vie et de sagesse qu’elle aimait tant et en qui elle avait confiance. Elle avait pour lui beaucoup d’admiration et la tendresse d’une mère car il avait l’âge d’être son fils. Il avait promis le Ciel et l’amour aux justes et aux humbles, ce qu’elle espérait secrètement dans le vase clos de son cœur. Mais la vision d’horreur était insoutenable.

Au lieu de fuir pour cacher ses larmes qui montaient, elle saisit un linge propre, s’élança courageusement en écartant ceux qui se trouvaient sur son chemin et le tendit à Jésus, dans un geste aussi dérisoire qu’héroïque. Il s’agissait d’une petite nappe d’un blanc tirant sur le beige.

Jésus, aidé de Séraphia, essuya son visage ensanglanté et livide. La sueur et le sang imprégnèrent la matrice du linge immaculé.

Une communion de cœur à cœur et une alchimie spirituelle s’opérèrent entre l’âme de cette humble femme et Jésus-Christ. L’âme-mère de Séraphia qui est également celle d’Abraham, va de nouveau vivre une transmutation majeure au contact du Pain de Vie, du Divin Sauveur. Tout comme Abram, Séraphia changea de nom et devint celle que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de Sainte Véronique, celle qui portait avec elle l’image du Christ. Cette image ne se fixa pas seulement sur son linge. Elle marqua de façon définitive et indélébile son cœur car Jésus lui lança un regard empli d’amour et de détermination, d’une puissance qui transperça son âme. Il maîtrisait la situation, ô cruel paradoxe ! Il lui montra son vrai visage, celui de Dieu incarné par son Verbe, la révélation totale. Cet instant d’éternité était comme un éclair qui révèle la beauté de ce qui se cache dans l’obscurité d’une nuit d’orage.

Ainsi, parfaitement alchimiée et sauvée, le cœur empli d’amour, exultant de joie mais aussi en proie à la repentance et à un chagrin indicible, Véronique s’unit de manière définitive au Christ sur le plan animique et spirituel. Elle allait désormais s’y consacrer pleinement.

Véronique ne pouvait pas se substituer à l’Agneau de Dieu qui devait être sacrifié le jour de Pâques, pour que l’alchimie spirituelle de l’humanité et de la Terre puisse se produire. Pourtant, ce témoignage d’amour et de confiance étaient suffisants pour la consécration, la reliance et l’alchimie de la polarité féminine d’une femme en tant qu’Autorité. Ultérieurement, ces gestes et cette connaissance ressurgit dans le rituel de l’Office Templier, qui perpétue l’Office d’amour transmis à Abraham. Conformément à sa mission, cette âme-mère alimenta de son vécu terrestre la substance de l’Office dans sa dimension initiatique, c’est-à-dire son pouvoir de transformation de ses participants et de notre planète. En communiant au Pain et au Vin sacrés, l’officiant et son diacre répondent à l’appel de Dieu qui nous exhorte à créer sur le plan divin, à réaliser notre grandeur et à nous dresser de toute notre hauteur. C’est pour que cela s’accomplisse qu’en ce jour de Pâques 33, cette humble femme connue sous le nom de Véronique, ouvrit sans le savoir une porte qui, si on se fait assez petit pour la franchir, nous conduira vers le Ciel.

 

Jésus poursuivit sa route, à bout de forces, trébucha et tomba de nouveau de toute sa hauteur. Il se releva très vite et ne prit pas de coup de cette fois ci.

Alors qu’ils avançaient, des femmes pleuraient et criaient, mais Jésus, tout à sa peine tâcha de les réconforter. Elles ne devaient pas s’inquiéter pour lui mais pour elles-mêmes et leurs enfants, marqués du sceau du péché et eux-mêmes promis à la souffrance et à la mort.

 


" Femmes de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants ! Voici venir des jours où l’on dira : "Heureuses les femmes stériles, celles qui n’ont pas enfanté, celles qui n’ont pas allaité !" Alors on dira aux montagnes : ˝Tombez sur nous˝, et aux collines : "Cachez-nous". Car si l’on traite ainsi l’arbre vert, que deviendra l’arbre sec ? ». (Luc 23 : 28-31)

 

Il chuta une dernière fois. Arrivés au lieu-dit du Crâne, le Golgotha, les Romains firent poser la croix à terre et partagèrent les vêtements de Jésus, qui demanda pardon à son Père pour les exactions de ses tortionnaires. ("Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font"). A bout de forces, il fut allongé sur la croix avec brutalité alors qu’il se laissait faire, tel un agneau, le regard débordant d'amour, de douceur et de sagesse.

Les clous, en fer forgé et à têtes rondes facettées, furent plantés en biais, sectionnant les ligaments et les tendons dans un mouvement de translation oblique en partant du bas de la paume pour ressortir entre le scaphoïde et l'hamatum, à moitié cassé à son passage.

La tête de notre Seigneur tournait lorsque la croix fut dressée, il aurait pu s'évanouir mais sa constitution jeune et robuste l'en empêchait. C'est donc en parfait état de conscience qu'il subit le supplice de la croix.

Le sang coulait par litres de ses plaies aux mains, aux pieds, au front et de ses blessures au dos et aux côtés qui avaient subi la flagellation.

Son cœur battait à tout rompre, avec une telle force que par moments Jésus n'entendait plus les cris des femmes et des autres spectateurs de son inexprimable sacrifice.

Oui, il entendait battre ce cœur qui se battait pour survivre tandis que son système nerveux s'emballait en réponse à cette torture car son corps se vidait de son sang. Malgré l’hémorragie, il ne ressentait presque pas d’étourdissement, alors qu’il se sentait sur le point de perdre connaissance

Enfin, son mouvement puissant et rapide servait de pompe sur le plan terrestre, pompe qui actionnait le mouvement d'attraction puis d'infusion en lui et de transmutation de la Chute de notre monde : trahison ! Souffrance ! Surdité à l'amour et à la compassion ! Involution qui maintenait la Terre dans une rupture irrévocable avec le plan du Père.

Marie pleurait, à genoux, face contre terre. Un vent froid et sec s’était levé et le ciel était chargé de nuages bas, sombres et lourds. Mère de l’Humanité rachetée, Marie eut le cœur transpercé par une lame aussi large que douloureuse. Cette lame est la résultante des péchés du monde, toutes les fois où l’homme refuse d’aimer : C’est l’épée de Saint-Michel qui transmute et délivre au prix de grandes souffrances.

Le destin du monde était en train de changer de trajectoire. Le Verbe en Jésus attirait à lui toute la souffrance des hommes et du vivant pour la purifier par la mort et la transmuter, en union parfaite avec sa Mère.

Le miracle se réalisa : un nouveau Fiat Lux s’opéra à l’échelle cosmique et inaugura une nouvelle ère, celle des Poissons. Le monde, régénéré, a renoué le dialogue avec son Créateur et entrepris de retourner en Dieu.

A l’issue de ce processus, alors qu'approchaient les 15 heures, le visage adorable et empli de sainteté du Sauveur se ternissait très vite et prenait la couleur de la mort. Du sang, il n'en avait déjà presque plus, il était arrivé au terme de sa vie organique. Il avait tout donné pour laver le monde de ses péchés. C'est là qu'il s'adressa une ultime fois à sa Douce Mère et à Jean. Son supplice, qui aurait pu être très long, fut relativement court. A 15h, Jésus rendit l’âme, au sens littéral du terme.

 

Il descendit, comme tout être humain depuis la Chute, aux enfers. Mais sa divine stature obligea Satan à mettre un genou à terre – ce qui fut très violent, à proportion de la résistance opposée- et à s’incliner devant son roi. Et oui, les enfers font partie de la Création du Père et le Christ y a autorité. Jésus ordonna la libération de toutes les âmes qui entreprirent leur long chemin jusqu’aux sièges qui leur revenaient au Purgatoire.

Cette transmutation des enfers prit du temps : il fallait stopper la loi d’entropie qui attirait notre planète vers sa destruction et épargner l’enfer aux âmes offertes à la purgation. A l’aube du troisième jour, Dimanche de Pâques, l’âme de Jésus put remonter jusqu’à son corps physique afin de passer le cap de la Résurrection. Quarante jours plus tard, le Sauveur avait accompli son grand œuvre et pouvait enfin reprendre sa place aux côtés du Père.

 

Passion vécue et relatée par l’Amazone blanche Mélanie, Mère de La Table Spirituelle de l’Ordre Souverain du Temple Solaire.

 

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